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Un véritable laboratoire d’idées et d’expérimentations”

Avec l’évolution des modes de vie en ville, les parkings lyonnais doivent jouer un nouveau rôle. Autrefois accusé de favoriser l’accès des voitures au centre, et donc la pollution, ils sont aujourd’hui au coeur des services permettant de réduire son usage et de favoriser les nouvelles mobilités. Entretien avec Louis Pelaez, l’élu lyonnais qui assure la présidence de Lyon Parc Auto.

 

Proposer des parkings ne suffit plus à LPA ?
Louis Pelaez : LPA n’a jamais eu pour unique vocation de gérer des parkings ! Dès sa création, et donc bien avant mon arrivée, le projet était de les utiliser comme outil de mobilité. Mettre les voitures en sous-sol pour libérer de l’espace pour les transports en commun et les modes doux, c’est déjà participer à une nouvelle mobilité. De plus, nos parkings ont très vite servi de hub car on les a connecté à des stations de métro ou de tramway.

Et quel rôle souhaitez-vous donner aujourd’hui à LPA ?

Nous sommes une société d’économie mixte, c’est-à-dire de droit privé mais à capitaux majoritairement publics. Nos actionnaires sont donc les Lyonnais et Grand Lyonnais par l’intermédiaire de la ville de Lyon et de la Métropole. Par ce statut, on est un partenaire privilégié des collectivités locales. Depuis que j’en suis président, j’ai souhaité que LPA devienne un véritable laboratoire d’idées et d’expérimentations pour préparer ces nouvelles formes de mobilité indispensables à des grandes villes comme Lyon.

Qu’apportez-vous de plus par rapport aux autres acteurs de la mobilité ?

En France, on n’ose pas expérimenter par peur de l’échec car cela reste terriblement mal vu. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, ou Canada ou dans les pays nordiques par exemple. Moi, je revendique ce droit à l’expérimentation et aussi le droit à l’échec car on peut s’en servir pour améliorer les choses. LPA peut se le permettre et c’est même notre mission pour préparer l’avenir.

LPA s’inscrit dans la mode de la “smart city”, la ville intelligente et durable ?

Ces expressions font partie du marketing d’aujourd’hui et elles sont très utilisées par les hommes politiques. Personnellement, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Je préfère parler de ville servicielle et encore, le propre d’une collectivité locale a toujours été de rendre des services à ses citoyens. Notre stratégie aujourd’hui, c’est d’améliorer la mobilité dans la ville de demain selon trois axes : les parkings, l’autopartage et la logistique urbaine.

En quoi un parking peut-il être innovant ?

Plutôt que d’y garer simplement des voitures, on peut réfléchir à l’évolution de ce concept. Pour le futur Parc Saint-Antoine qui va ouvrir en 2019, nous sommes actuellement en pleine phase de réflexion avec l’architecte lyonnais Thierry Roche et des start-up. Notre projet est de l’ouvrir sur son quartier mais aussi à d’autres utilisateurs grâce à des tiers lieux qui serviront de conciergeries ou encore d’espaces de travail avec, non plus le wifi, mais l’internet gratuit par la lumière. Et on a beaucoup d’autres pistes.

Allez-vous également faire évoluer des parkings existants ?

Oui. On veut réfléchir différemment à leur intégration dans leur quartier. Par exemple le Parking des Halles. On va végétaliser son toit terrasse pour en faire un lieu de convivialité accessible à tout le monde avec là aussi l’internet gratuit.

D’autres axes de réflexion pour les parkings ?

Une meilleure gestion des places privées de parking car un certain nombre de parcs d’entreprises ou d’immeubles de logements sont mal ou sous-utilisés. On travaille avec plusieurs partenaires dont le promoteur Icade. Des start-up se sont aussi lancées sur ce créneau mais LPA a déjà développé une certaine expertise dans ce domaine.

Et quel est votre action en matière de logistique urbaine ?

C’est ce qu’on a beaucoup travaillé lors des Rencontres LPA sur la mobilité où on a réfléchit sur les nouveaux modes de villes et nouveaux modes de vie. On a notamment abordé les livraisons avec la problématique du dernier kilomètre pour éviter que des gros camions viennent en centre-ville mais aussi le développement des livraisons à domicile qui posent problème en provoquant de nouveaux embouteillages.

Quelles solutions avez-vous étudiées ou déjà mises en place ?

On a créé le premier espace logistique urbain aux Cordeliers qui fonctionnent très bien avec deux entreprises, Deret et Oooshop, qui ont accepté de mutualiser en amont leurs moyens. Un gros camion de Deret part de Mions puis passe chez Ooshop à Feyzin pour ensuite déposer les marchandises dans la nuit à notre espace logistique urbain. Il n’y a donc plus qu’un gros camion qui rentre à Lyon. Ensuite, très tôt le matin, des véhicules électriques plus petits acheminent ces produits jusqu’aux points de livraison.

Allez-vous ouvrir d’autres espaces logistiques urbains ?

Oui. Au parking des Halles avec une autre entreprise qui s’installe à Lyon et qu’on accompagne. Les travaux sont en cours. Un troisième espace logistique urbain verra le jour à notre parking de la Cité Internationale. On réfléchit avec des spécialistes de la logistiques à créer un véritable quai de déchargement car la hauteur sous plafond est suffisante. En plus, l’emplacement est idéal car on est proche du périphérique. Là aussi, des petits véhicules électriques viendraient récupérer la marchandise pour assurer le dernier kilomètre en centre-ville.

Et où en êtes-vous pour l’autopartage ?

On va moderniser notre application qui est déjà complètement intégrée dans OnlyMoov pour proposer le meilleur enchaînement entre les différents modes de transports. Mais il faut encore l’améliorer pour être beaucoup plus opérationnel.

Quelles voitures proposez-vous ?

On propose un choix large, de la petite deux places à la familiale en passant par l’utilitaire. Nous avons aussi des véhicules pour les personnes à mobilité réduite. On a choisi différents modèles mais aujourd’hui, quand on les renouvelle, on ne reprend plus que des hybrides. Après ces voitures en libre-service, on réfléchit à la mise en place de scooters. Cela sera bientôt annoncé. On peaufine actuellement le contrat pour lancer une expérimentation sur cinq parkings.

Avez-vous négocié des partenariats avec BlueLy comme vous le souhaitiez ?

Non. Pour l’instant, on cohabite. Pourtant, on n’arrête pas de leur lancer des perches. C’est un regret ! D’ailleurs, c’est tellement un regret qu’on risque de travailler avec d’autres. Aujourd’hui, il y a une demande très forte d’autres opérateurs pour s’installer dans la Métropole, notamment en freeflotting.

Qu’est-ce qui différencie le freeflotting du système Bluely ?

L’absence de stations. On prend une voiture n’importe où et on la pose n’importe où mais une application permet de situer les véhicules disponibles. Ces opérateurs viennent nous voir pour travailler avec nous car, eux, ils ont compris que ces nouvelles mobilités ne pouvaient se développer que dans un partenariat entre les différents modes d’autopartage. On le voit bien au Québec. Les utilisateurs de l’autopartage en boucle du type Citiz de LPA, ce sont aussi eux qui sont réceptifs au freeflotting. Les passerelles sont très fortes et le développement de l’un entraîne le développement de l’autre.

Et SunMoov, cette solution d’autopartage lancée de manière isolée à la Confluence?

C’est complètement fini.

La gestion de ce projet laisse perplexe car le bâtiment qui devait recharger ces voitures électriques au solaire n’était même pas encore construit quand cette expérimentation a été lancée !

Vous n’êtes pas le seul à être perplexe ! Moi aussi, je n’ai pas très bien compris. Je pense que la ville de Lyon a acceptée car SunMoov lui a été présenté comme une innovation extraordinaire dans le cadre général du quartier Conlfuence. Mais quand une innovation n’est pas intégrée dans un plan, elle n’a souvent pas de sens.

Qui va récupérer ces installations de SunMoov ?

La Métropole nous l’a demandé mais SunMoov les a conçues pour n’être utilisables que par leur propre service. Bolloré va en récupérer une partie mais il va devoir les refaire complètement. Cette opération va simplement lui permettre d’obtenir de nouveaux emplacements pour BlueLy alors qu’il n’avait jusque là pas accès à la Confluence.

Avez-vous d’autres pistes de réflexion pour l’avenir de vos parkings ?

Oui, à l’horizon de 10 ou 15 ans, on va forcément jouer un rôle dans la gestion des nouveaux secteurs de Lyon où la circulation pourrait être limitée. En France, on va trop souvent vers le tout voiture ou le tout piéton. Mais j’ai pu voir à Madrid par exemple, qu’on pouvait trouver des solutions plus équilibrées avec des secteurs où seules certaines automobilistes ont accès. Par exemple les gens qui habitent, travaillent ou se garent dans un parking public. Du coup, les déplacements sont plus sereins. Notre avantage à Lyon, c’est un réseau de parking dense, en centre-ville et en périphérie.

Mais les commerçants de Lyon protestent déjà contre la limitation de la circulation car leurs clients ont du mal à récupérer les marchandises encombrantes...

A Madrid, les commerçants les plus opposés à ces limitations de circulation demandent désormais à ce que leurs rues intègrent ces secteurs à la circulation limitée. Cette expérience a montré que les commerces concernés se développaient mieux.

Avez-vous tenté des expériences à Lyon ?

On a proposé à des expérimentations à des commerçants mais on n’est pas encore assez entendu. A Lyon, nous pourrions faire en sorte que les clients choisissent leurs produits dans les boutiques et qu’ils les retrouvent ensuite au parking LPA où ils sont garés. Ce qui leurs éviteraient de devoir accéder aux magasins avec leurs propres voitures. A Bruxelles, ils ont carrément choisi de piétonniser d’énormes boulevards tout en installant des espaces de dépôts pour récupérer les marchandises.

Pour vous, réduire la place de la voiture ou piétonniser le centre-ville ne risque pas de réduire son attractivité ?

Non. Au contraire. On a un réseau de parking exceptionnels à Lyon qu’il faut utiliser. De plus, on voit que des réseaux de grandes surfaces reviennent en centre-ville avec des supérettes et que des enseignes spécialisées y réfléchissent sérieusement, comme Darty par exemple. Même des chaînes de bricolage préparent des concepts de petites boutiques en centre-ville. On travaille avec eux à un système de consignes dans les parkings. L’avenir, c’est une interaction entre la boutique physique et le e-commerce. Les clients pourront acheter dans le magasin ou sur internet et, si ce n’est pas immédiatement disponible, le retrouver dans le parking LPA qu’ils fréquentent habituellement.

Où vont s’ouvrir ces consignes ?

On a signé avec InPost, une société allemande, pour ouvrir des consignes dans dix parkings LPA. Mon objectif n’est pas de bannir la voiture du centre-ville comme certains élus écologistes le souhaitent. On peut avoir cette envie mais elle ne se réalisera pas. En revanche, on peut limiter sa place. Exemple : la Métropole gagne des habitants chaque année. Si on n’y prend pas garde, cela entraînera une hausse de la circulation. En revanche, si on anticipe, il n’y en aura pas plus. Ce sera déjà une victoire.

Ce n’est pas la fin de la voiture ?

Non. Mais le développement d’un usage différent. Toutes les sondages montrent que les nouvelles générations souhaitent toujours l’utiliser comme mode de déplacement mais sans forcément en être propriétaire. Je pense à une étude réalisée auprès des enfants. A la question sur ce qu’évoque pour eux la mobilité, ils citaient tous la voiture il y a encore quelques années. Aujourd’hui, ils répondent smartphone et basket.