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“Construire la ville de demain avec le citoyen”

Découvrir aujourd’hui la ville de demain, c’est l’objectif du cahier spécial AlternativCity que Mag2Lyon publie depuis trois ans. Dans cette édition de la rentrée, l’interview de Lethicia Rancurel, directrice générale du Tubà, un lieu d’expérimentation ouvert à la Part-Dieu et les portraits de Lyonnais qui innovent dans différents secteurs.

Comment est né le Tubà ?

Lethicia Rancurel : Le Grand Lyon avait mis ses bases de données à disposition des entreprises en ouvrant sur internet la plateforme datagrandlyon mais on s’est aperçu qu’elles restaient peu utilisées. On constate le même phénomène dans toute la France. Il fallait donc mettre en place des dispositifs d’animations pour que les entreprises testent les services mises au point grâce à ces données. D’où l’ouverture du Tubà en 2014 pour impliquer les citoyens dans l’innovation et recueillir leur avis.

Quelles données du Grand Lyon sont désormais accessibles sur internet ?

C’est très variée. La disponibilité en temps réel des Velo’V, la situation des bornes à eau utilisable par les pompiers, les essences d’arbres plantées... La particularité de la démarche lyonnaise, c’est que huit grandes entreprises ont également accepté de libérer certaines de leurs données. Le Tubà est donc un partenariat public-privé sous forme d’association loi 1901.

Pourquoi des entreprises privées acceptent de diffuser leurs propres données ?

Parce qu’elles peuvent réaliser des tests auprès du public en complément de leurs propres opérations. EDF teste ses nouveaux services autour de ses compteurs connectés. ERDF a aussi intégré le Tubà dans son projet WattetMoi. Ces grandes entreprises se situent également dans une démarche d’open innovation qui leur permet de travailler avec des start-up. Le Tubà se situe dans la dynamique des fab lab, ces lieux d’expérimentations, mais on préfère parler d’un living lab car il s’agit vraiment de services pour la ville de demain.
Qui fréquente le Tubà ?

On est installé sur 600m2 place Béraudier, vers la gare de la Part-Dieu, un lieu très fréquenté. Un public très varié fréquente donc le Tubà Lab, l’espace usager du rez-de-chaussée. Des geeks, des early adopters mais aussi des curieux. Au deuxième étage, nous avons un espace de coworking où nous accueillons des start-up pour les aider à faire la preuve de leur concept par l’expérimentation. Nous avons également une salle de réunion assez ludique pour des séances de brainstorming.

Cet espace usager est vraiment accessible à tous ?

Oui. Le Tubà est ouvert de 10h à 18h et certains week-end. Par exemple à l’occasion des Journées du Patrimoine le 3e week-end de septembre. On organise aussi des tubakfé qui rassemblent une trentaine de citoyens pour avoir leur réaction sur un thème donné. Nous terminons la saison 1 avec 19 expérimentations autour de thématiques comme l’aménagement du territoire, la mobilité, le cadre de vie... Par exemple la mesure du bruit. On propose au citoyen de télécharger l’application et de revenir vers nous.

D’autres exemples d’expérimentations ?

On a testé la version 2 de l’application Onlymoov’ du Grand Lyon qui permet de trouver rapidement le trajet le plus rapide en utilisant les différents modes de transports. Pour savoir ce qui était le plus pertinent en terme de visualisation et de nouveaux services.

Nous nous adaptons aux demandes de nos partenaires. Parfois, il s’agit d’une démarche très en amont pour anticiper l’évolution des services bancaires. Dans d’autres cas, c’est concret et précis.
Combien d’entrées depuis votre ouverture ?

4 000 personnes en six mois selon le dernier comptage réalisé en juin dernier. Plus de 1 000 personnes sont entrées spontanément dans le Lab. On a aussi eu des visites de structures publiques ou privées de toute la France. 1 200 visiteurs on accepté d’être dans notre communauté de tubeurs pour recevoir notre newletter et venir tester une idée.

Comment allez-vous augmenter la fréquentation ?

On souhaite travailler avec les enseignants, de la primaire au Master, autour d’ateliers. C’est dans cet objectif qu’on va recruter un médiateur scientifique. On a déjà fait des challenges étudiants pour des entreprises par exemple pour EDF à destination des élèves ingénieurs ou designers. On souhaite aussi organiser des ateliers numériques avec les mairies.

Quelles seront les prochaines expérimentations ?

Nous attaquons la saison 2 avec la solution proposée par la start-up Ogga qui propose de distinguer la consommation de chaque circuit électrique dans une maison. Bouygues Immobilier et un de ses partenaires travaillent aussi sur cette piste pour des immeubles de bureaux afin de voir comment on peut faire évoluer la consommation en communiquant ces informations aux occupants.

Est-ce que les PME de la région lyonnaise profitent aussi du Tubà ?

Oui. Charvet Digital Media, installée dans l’Ain, a mis au point une e-girouette. Ce panneau signalétique tourne automatiquement en fonction de la destination qu’elle doit indiquer. Les tests vont permettre de définir de nouveaux lieux où elle pourrait être installée : parcs d’attractions, expositions temporaires, gares... Ce qu’on apporte à l’équipe qui développe ce genre d’outil, c’est de voir comme l’usager va interréagir avec cet objet technologique et ses applications. Ce qu’on appelle du design thinking.

Le Tubà lyonnais va-t-il être imité ?

Oui. On est très observé par le monde de la French Tech. La secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, venue visiter le Tubà en mai dernier, nous a demandé d’aider à l’émergence d’autres lieux en témoignant de notre expérience et en les accompagnant. Plusieurs collectivités se sont déclarées intéressées. Boulogne-sur-Mer va ouvrir un lieu autour des ports connectés et de la logistique. On discute aussi avec une commune de l’Est de la France. On entre clairement dans une phase d’essaimage. En fait, il existait déjà des lieux pour les start-up. L’originalité du Tubà est vraiment d’impliquer le citoyen dans une démarche de co-construction de la ville de demain.